Medicaland, façon urgences... une bien longue nuit !
Il y a quelque jours, c'était le drame... Après une semaine de quasi immobilité allongéee sur un lit à cause de douleurs plus intenses et plus mal placées que de coutume (sans quoi ce serait moins drôle), j'ai voulu me lever. Fatal error... et direction les urgences ! Et en bonne amatrice de surréalisme, je ne peux m'empêcher, depuis la sortie, d'y repenser avec un brin de perplexité. Alors voilà, je me suis dit que pour un premier article, j'allais vous raconter cette chouette nuit et vous livrer en vrac quelques réflexions. Accrochez-vous, c'est du lourd !
20h : J'arrive sur mon brancard, escortée d'une escouade de vaillants pompiers, dans le service des urgences de l'hôpital ultra-moderne de M. Sisi, ultra moderne : on se serait cru à la SNCF avec des annonces-micro toutes les deux minutes, du genre "Le docteur House est attendu pour une contention au box n°5". Je vous jure que j'attendais le "en raison d'un mouvement social..." ! Les urgences restant les urgences, je m'attendais à y passer au minimum quelques heures. Alors autant faire contre mauvaise fortune bon coeur et être de bonne composition ! C'est donc le sourire aux lèvres que j'accepte de me faire parquer dans le hall d'accueil, malgré une ambiance plutôt originale. En effet, une patiente probablement très légèrement alcoolisée nous gratifie d'un numéro de diva assez éprouvant pour les oreilles. La voir tenir en respect trois infirmiers par ses cris et son impressionnant jeu de jambes est certes un spectacles intéressant mais j'avoue que je ne dirais pas non à un peu de calme.
20h30 : Me voilà enregistrée administrativement. Mes oreilles sont en ruines et je commence à regretter de n'être pas en état de me lever pour aller causer à la folle hurlante à coups de hache. Un quart d'heure passe avant qu'un gentil infirmier vienne m'embarquer pour me prendre les "constantes" comme ils disent. Comme je déteste être une vilaine patiente, je me montre des plus agréables avec lui et je m'enquiers de la difficulté de sa garde du jour. Bon, ok, j'avoue, ce n'est pas par pure empathie mais également pour me renseigner sur la longueur de la file d'attente avant mon tour. Le pauvre homme me raconte qu'il a pas mal de client pour le psychiatre de garde, au moins quatre suicidaires, dont Folle1 que j'entends d'ailleurs toujours gueuler et se débattre de l'autre côté, ainsi que pas mal de gens juste bien bourrés. Génial, je sens que ça va être le grand show, cette histoire !
21h : Me voilà garée dans une nouvelle salle, entre un papy qui dort (pour le moment) et une dame avec qui je discute un moment. Elle m'explique que si on l'a finalement déplacée tout près du mor, c'est justement à cause de mon autre voisin, qui tentait, lorsqu'il était réveillé, de lui sauter dessus. Eh beh, satyre à cet âge ? Je ferais mieux de me méfier... Tiens on entend encore et toujours Folle1 s'époumonner au loin. Mazette, elle est obstinée celle-là ! Je plains les docs !
21h30 : Aïe Papy-Pervers se réveille... Et je peux ainsi me rendre compte que mon ancienne voisine, partie dans un box et remplacée depuis par une femme au regard de poisson mort, n'avait pas menti. Le petit vieux m'ayant découvert à ses côtés, n'a de cesse de tenter de se glisser sur mon brancard en gémissant. Jusque-là, tout va bien, il est juste très pénible... Mais le voilà qui se met à m'appeler... "Phillippe, viens ici...", qu'il me sort, le mufle ! Alors je veux bien admettre que je ne suis pas portée sur le maquillage et les robes, mais de là à me confondre avec un Philippe, je trouve ça un peu fort ! Sans compter que ça me rappelle une certaine video culte chez les geeks... Si j'ai le temps demain soir, je vous la mettrai en ligne pour vous situer le niveau de ce qui me fait rire nerveusement comme une baleine. Bref, moi qui sentais que j'allais avoir de l'animation gratuite, me voilà servie ! D'autant qu'après avoir tenté sa chance avec Philippe sans résultat, Papy-Pervers teste une variante : "Mamaaan c'est toi ?" Bah, non, encore loupé mon gars !
Parallèlement à cette scenette distrayante, mon autre voisine s'anime elle aussi. Comme je m'en doutais, j'ai affaire à Suicidairen°2 (Oui, souvenez-vous, il y avait Folle1 avant...). Et devinez qui va servir de confidente à madame ? Bngo, c'est bel et bien votre servante qui doit ouir la triste histoire d'une tentative de suicide aux benzodiazépines et au whisky. Alors entendons-nous bien : je ne juge pas les gens qui ont de telles idées et qui les mettent en plus en application. Mais là j'ai mal et je dois calmer Papy. Alors Mémère elle fait ce qu'elle peut, mais à part tapoter l'épaule en disant "allez, allez", elle n'a pas vraiment les moyens de faire mieux.
22h : Bon, eh, PapyPervers commence à me gonfler un chouia, il ne renonce pas le bougre ! Suicidairen°2 m'explique gentiment : "non mais il doit te prendre pour sa femme et vouloir te sauter !". Dieu qu'en termes galants ces choses-là sont dites ! Et de me demander aussitôt mon âge. Une fois la réponse fournie, elle conclue gaiement : "Bah tu es assez grandes pour connaître ces choses-là !". Euh certes, merci bien m'dame !
01h : Bon, Suicidairen°2 est partie, remplacée par... eh oui, bravo, encore gagné ! Suicidairen°3 ! J'ai la totale : Folle1 en bruit de fond, toujours, les médecins et infirmiers n'ayant toujours pas trouvé le bouton off, Papy qui continue à me harceler en me prenant pour Maman Philippe, et... et Suicidairen°3, version fontaine à larmes, qui m'a pris la main et ne la lâche plus, la broyant allègrement au passage entre deux sanglots.En plus, Madame est manifestement anglophone. Autrement dit, pas évident pour établir le dialogue à fins de récupérer ma patte martyrisée. Une heure plus tard, un brin calmée, elle me fait la surprise de s'adresser à moi en français cette fois. Youpi, on va arriver à quelque chose ! Elle aussi me raconte sa vie. Je ne peux m'empêcher de sourire.
- Tu comprends, je n'avais plus bu une goutte d'alcool depuis 5 ans, mais là, avec le divorce et ma fille...
- Je vois...
- Ca faisait 3 ans que je n'avais rien bu, quoi ! Mais là...
- Euh...
- Un an et demi sans boire et regarde mon état !
Cherchez l'erreur...
3h : C'est pas que je commence à m'ennuyer un peu mais... ma main est toujours prisonnière de la serre de Suicidairen°3 qui pleure littéralement sur moi. PapyPervers, lui, a enfin été pris en charge. Youpi !
4h15 :L'infirmier à qui j'avais eu à faire tout à l'heure à mon arrivée vient me voir, éberlué : "Tiens, vous n'êtes pas passée vous ? C'est étrange, je vais voir ce qui se passe...". C'est gentil de s'en préoccuper, copain ! Il rapplique deux minutes plus tard, tout confus : "On avait perdu votre dossier, désolé !"... Magnifique ! Bravo pour l'efficacité !
5 h : Je vois enfin le médecin. Il est charmant, vraiment. Seul souci ? Il ne m'écoute absolument pas. Pourtant j'essaie de lui faciliter la tâche, moi ! Je lui explique bien que j'ai des antécédents, que l'examen clinique ne sera pass exactement normal à cause de l'hémiparésie... j'ai un peu l'habitude, quoi, et j'aime éviter des sueurs froides inutiles aux gentils docteurs. Sauf que là, manifestement, je suis tombée sur un petit jeune qui a envie de faire ses preuves. Bon bah va pour 150 examens inutiles si il y tient, moi ça m'occupera toujours... mais il décide aussi de me mettre sous un antidouleur que je sais mal supporter et là, je suis tout de suite nettement moins d'accord : Je n'ai pas envie de voir des éléphants roses pour le moment.
7h : Sous perfusion, après prise de sang et radios diverses, me voilà déjà en train de planer complétement entre deux vomissements. Je savais bien que ce médicament allait me nuire. Mais on ne m'écoutait pas alors... Oooh il est zouli le petit ours brun dans ma chambre !
8h30 : Relève des docs. Un nouveau médecin vient me rendre visite.. et me met à la porte. Sisi, tout simplement : je lui explique que j'ai toujours mal et qu'en prime je suis shootée, mais il n'en a cure ! On n'a rien trouvé alors à moi de me débrouiller !
J'aime les urgences...