Résurrection !

Publié le par medicaland.over-blog.fr

 

Voilà le billet tant attendu, entre procrastination, urgences et autres...

 

Non, je ne suis pas vraiment en colère. Et la hache pleine de sang, ce n'est pas du tout ce que vous croyez.... juste une petite erreur de direction lors d'une séance de taillage de bûches. Tiens, c'est marrant, je ne vous sens pas plus rassurés que ça ?

Bon, d'accord. On arrête de jouer au plus fin, d'autant que ce soir, je cuve un cocktail corsé (Note : dire au barman de l'hôtel qu'un Mojito, c'est pas 9/10èmes de rhum et 1/10ème de menthe pour faire joli) et que j'ai la flemme d'enrober mon petit coup de gueule sous un déluge de sirop d'érable. Donc, non je ne suis pas vraiment en colère... je suis furieuse !

 

     Avez-vous déjà eu cette désagréable impression d'avoir entamé avec quelqu'un un dialogue de sourds, où chacun reste sur sa trajectoire sans prendre en compte ce que lui dit l'autre ?  Je vous rassure, je ne vais pas radoter sur le "non vous n'avez pas mal" si cher aux médecins, mais à un autre gag régulier que l'on me sert trop souvent à mon goût : le "mais vous devriez vous faire soigner !". Et devinez quoi ? On vient de me ressortir ça, de manière fort inopportune et plus que hors contexte, au détour d'une conversation sur un tout autre sujet : ma situation matérielle présente. Autant vous dire qu'en ce moment, entre improvisation pour trouver un toit chaque nuit et gestion budgétaire très serrée, elle est un chouïa complexe. Disons que le jour où je pourrai rentrer chez moi et m'écrouler dans un bain chaud, je sauterai de joie.

 

          Donc, tandis que je m'ouvrais de ce problème épineux à mon interlocutrice, cette dernière m'interrompit quelque peu cavalièrement pour m'asséner d'un ton catégorique : "mais mademoiselle, il faut vous faire soigner, vite, d'urgence ! là vous n'êtes pas en état psychique d'assurer votre vie quotidienne". J'argumentai qu'en effet, j'avais plus que besoin d'un soutien et d'un suivi médico-psychologique mais que là tout de suite, dans la minute, ça s'avérerait compliqué, et surtout, que ce ne serait pas ma priorité. Ben oui, là j'avais besoin de trouver à me loger de manière provisoire mais pas trop et dans ces conditions, voir un psy régulièrement, c'était assez peu faisable.

J'ai vite compris que l'on rentrait dans une boucle de discussion éternelle, où aucune de nous deux ne pourrait convaincre l'autre. Et pour cause ! Il faut  bien comprendre qu'il n'est pas possible de s'entendre quand on a des axiomes de réflexion assez différents.

 

Bien-portant, il est facile d'occulter inconsciemment une toute petite partie du problème du soin en psychiatrie, oh, rien de grave, hein, pas de quoi fouetter un chat : on ne soigne pas un état dépressif, un problème ou une maladie psy avec un peu de mercurochrome ou un plâtre aux urgences...

 

Malade, c'est un autre paramètre qu'on zappe souvent : la réalité très terre-à-terre de la vie en société : la terre ne s'arrête pas de tourner pour nous aider lorsqu'il y a situation compliquée, et ce qui constitue notre petite sphère privée n'est pas exactement le même composant que ce qui fait celle d'un bien-portant.

 

  Ceci posé, je vais radoter : je ne suis pas hostile par principe à une thérapie. Au contraire, je sais qu'elle me sera non seulement bénéfique mais aussi nécessaire et obligatoire. MAIS j'estime bêtement que là tout de suite, dans l'urgence et sans savoir où je dormirai d'ici deux jours et demi...

 

Car tout est là : en psychiatrie, l'urgence, ça ne marche pas. On ne peut pas prendre une petite pillule pour faire rustine et reprendre un temps le cours de sa vie en attendant de trouver mieux. Et on peut encore moins, pour des pathologies chroniques et sérieuses, les guérir ou même les stabiliser en un, deux ou dix rendez-vous.Et les services dits d'urgences psy, ce n'est pas vraiment un endroit de soin.

 

Je vous explique le pourquoi de cette affirmation brutale et provocatrice ? Prenons le scénario type.

 

  Crise de dépersonnalisation, rien ne va plus, c'est arrivé en pleine rue... bref, toutes les conditions sont réunies pour que les pompiers me ramènent en quatrième vitesse à l'hôpital, en pestant contre la demoiselle bourrée qu'ils imaginent tenir sur leur brancard. C'est quand ladite crise est passée qu'ils se rendent compte qu'ils ont en réalité affaire à la plus délicieuse des créatures, qui ne leur créera plus de problèmes (Quoique j'admets que le plus audacieux, qui laissa trainer un bras dodu près de mes crocs en tentant de me maîtriser, doute légèrement...).

 

  Bien, me voilà casée dans le charmant hall de gare... d'accueil, pardon, des urgences. Quatre heures après mon débarquement, un type ronchon en blouse blanche et au fort accent tunisiano-romano-japonais (vous ne savez pas à quoi ça ressemble ? Spécialité made in Medicaland, quartier psy, les amis) vient me rendre visite. Je vous présente PsyChéri. Et me trouve en parfaite santé apparente, si on excepte le fait que je m'ennuie ferme. Je suis lucide, cohérente et aimable. S'entame alors un dialogue de sourds :

 

- Qu'attendez-vous de  moi, Mademoiselle ?

- A moins que vous n'ayez des dons divins et que vous puissiez me guérir en un clin d'oeil de ces crises qui durent depuis 15 ans, pas grand-chose !

- Tout ce qu'on peut vous proposer, c'est de vous hospitaliser dans notre service un petit temps, l'affaire de trois ou quatre jours...

- Ah non, merrci bien, j'ai déjà testé et sans vouloir vous vexer, Doc... je tiens à ma santé mentale !

- Vous ne coopérez pas beaucoup, je préfère quand même vous garder ici cette nuit au moins, pour voir...

 

De l'art de vous présenter une question en sachant d'avance qu'on va snober votre réponse au final. Autant faire plus simple et ne pas m'enquiquiner avec une fausse discussion ouverte, non ? Moi ça m'épargnerait une pénible sensation de déja-vu, quant au psychiatre, il se recevrait peut-être moins de piques fielleuses.

 

Bref, me voici conduite à une "vraie" chambre. pour la nuit me dit-on. Une nuit à géométrie variable, entre 12h et deux semaines.

 

Avant de poursuivre, notons qu'il arrive bien entendu de temps à autre que PsyChéri soit un peu intelligent et me laisse ressortir de suite... mais là où je dis "un peu" intelligent, c'est qu'il me gavera d'anxiolytiques avant, histoire de me renvoyer dans la rue complétement sédatée ! Bah oui, sinon ce n'est pas drôle !

 

 Maintenant, découvrons mes nouveaux appartements : une chambre d'hôpital, certes, mais le lit est recouvert d'un odieux couvre-lit à grosses fleurs, le genre qu'on trouve chez Mémé... Quelques livres traînent dans un meuble : Au choix, des Harlequin ou... du Stephen King ! Ai-je le droit d'applaudir chaleureusement le trait de génie qui a poussé le corps médical à penser que la lecture de cet auteur pouvait apaiser les esprits ?

 

 Maintenant, tournons-nous vers mes camarades de jeu, enfin, les autres patients du service. Justement, un zombie en pyjama violet avance vers moi, qui ai eu la lubie de sortir dans le couloir. Voilà, Mesdames et messieurs, le patient-type, pas trop, trop malmené, mais pas frais du matin non plus. A vue de nez, je dirais qu'il est sous anxiolytiques depuis trois ou quatre jours. Du coup, forcément, il est zen, ou du moins en a l'apparence. C'est logique : essayez de faire du bordel quand votre cervelle est devenue aussi exploitable qu'un poulet en caoutchouc !

 

Passons ce spécimen désespérément représentatif de la philosophie du lieu, même s'il incarne une bonne partie des craintes que j'ai vis-à-vis des unités publiques de soins psy. Voyons maintenant le pire, le terrifiant et l'abject : le patient ravagé, complétement détruit, celui qu'on croirait sorti d'un asile à l'ancienne. Sa porte à lui est verrouillée et on l'entend y cogner, avec des gémissements plaintifs. Attention, les soignants du coin ne le maltraitent pas par sadisme, il n'est ni torturé ni battu, enfin... pas torturé volontairement, du moins. S'il n'a pas un vrai lit mais un matelas posé au sol, c'est pour l'empêcher de se blesser. Et les infirmiers font ce qu'ils peuvent pour lui parler humainement. comme à un enfant, car c'est ce qu'il est devenu, à moins qu'il n'en soit déjà au stade animal...

 

Il faut vous dire, mes bons lecteurs, que j'ai l'intuition que ce pauvre hère pourrait bien être moi un jour, si les blouses blanches agissent à leur guise sans se poser de questions.

 

Bon... la suite est déjà écrite, mais... la voulez-vous ?

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lambertine 31/05/2011 23:35


Waouw.
J'ai l'impression de me trouver face à l'administration, et d'entendre Célestin me raconter ses séjours en psychiatrie.

Bonne chance et bon courage.


medicaland.over-blog.fr 01/06/2011 15:17



  Ma chère Lambertine, vous savez comme j'admire votre prose et votre fougue ? Relire votre blog m'a rendue jalouse, et j'hésite, du coup, à finir de vous dévoiler la fin de ce billet...
bien en-dessous des votres :p



dan 29/05/2011 21:22


Je suis contente d'avoir de vos nouvelles et attends la suite. En espérant que vous avez entre-temps trouvé une solution à vos problèmes de logement.
Quant au dialogue de sourds, je crois que nous l'avons tous expérimenté mais dans certaines circonstances c'est beaucoup plus grave. Attention quand même : à mordre n'importe qui, vous allez finir
par vous empoisonner.


medicaland.over-blog.fr 31/05/2011 19:31



  Ma bonne dame... hélas, mes petits soucis sont loin d'être réglés, sans quoi ce ne serait pas drôle ! En revanche, vous aurez la suite du billet demain !  Ca compense, non ?



Caritate 27/05/2011 00:36


Attends-moi, je reviens demain matin !


medicaland.over-blog.fr 27/05/2011 00:44



Oups, me manquerait pas un titre, moi ?